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12/06/2015

René Revol a-t-il agi en bon gestionnaire dans l’achat du château de Grabels ?

Le 30 mai dernier avait lieu la "cérémonie" d'acquisition du Chateau de Grabels qui appartenait à la Société Hellenis, filiale immobilière du groupe GGL. L'occasion pour le grabellois Jacques Guipponi, un des dirigeants du groupe GGL de relater comment il a acquis, après le décès de l'ancien maire, Pierre Doumergue, l'ensemble de sa propriété et quelle a été la teneur de ses discussions avec le maire actuel René Revol sur le devenir de ces terrains et bâtiments. Instructif..


Samedi 30 mai avait lieu la « cérémonie » d’acquisition du château de Grabels et de ses « dépendances » (en réalité un espace devant le château planté de mûriers centenaires et les terrains entre le Castel des Anges et la Mosson, situées en zone naturelle inconstructible et en zone bleue du PPRI (Plan de Prévention des Risques Inondations », l’ensemble de ces biens ayant appartenu à l’ancien maire de Grabels, Pierre Doumergue.

Le maire actuel, René Revol, avait noué des liens d’amitié avec son lointain prédécesseur, lors de la campagne des municiaples de 2008. Pierre Doumergue, alors âgé de 94 et qui vivait dans les pièces situées sur le côté gauche du château, avait même été présent lors de la réception qui avait suivi le premier conseil municipal et l’élection du maire et de ses adjoints en 2008.

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Pierre Doumergue et René Revol en mars 2008

Ces liens avait permis de convaincre Pierre Doumergue de vendre une partie de ses terrains à Hérault Habitat pour édifier l’EHPAD (la maison de retraite Villa Impressa construit par Hérault Habitat) .

Pierre Doumergue est décédé le 24 avril 2009 : la suite, c’est le grabellois Jacques Guipponi, un des dirigeants du groupe GGL,  qui l’a racontée lors de cette « cérémonie » d’achat du château. Résumons : les héritiers du maire défunt ne pouvaient que vendre . Tous les promoteurs flairaient la bonne affaire et sont sur le coup, dont évidemment le groupe GGL et Jacques  Guipponi qui assure que « tout était constructible » avec donc un grand risque d’avoir des immeubles partout.

Jacques Guipponi semble avoir les travers des hommes politiques en travestissant et en gonflant la réalité (1) : évidemment que non, tout n’était pas constructible : une grande partie des terrains se trouvait en zone naturelle non constructible (en vert dans le plan ci-dessous) et en zone bleue du PPRI  et sur le reste du terrain, la hauteur maximale était de 8 m en R+1).En guise d’immeubles, il y a pire ! De plus le château et son environnement immédiat étaient classés bâtiments remarquables et devaient être obligatoirement préservés .

 chateau de grabels,groupe ggl

 Entourés de bleu : le propriété de Pierre Doumergue avant sa mort; à droite du trait brun, le terrain revendu pour l'EHPAD; le terrain restant ayant été acheté par le groupe GGL; l'emprise de la résidence Castel des Anges ne pouvait se faire que sur la zone en beige (en 2009, avant la modification du PLU pour le groupe GGL, la zone était en UD, soit une construction en R+1 (1 seul étage) et 8 m de haut); la zone en vert est une zone naturelle inconstructible. le château était classé en bâtiment remarquable qui devait être obligatoirement préservé (extrait du PLU de 2009 avant la modification de 2010)

Jacques Guipponi poursuit : une réunion à 3 s’est tenue en mairie de Grabels peu après le décès de Pierre Doumergue, en sa présence, celle du maire, René Revol et des héritiers de Pierre Doumergue. L’adjoint aux finances et à la stratégie urbaine que j’étais encore à l’époque n’avait pas évidemment été mis au courant ni associé à cette rencontre. C’était déjà la marque de la gouvernance de René Revol en 2009 que de traiter seul les affaires « sensibles » avec les promoteurs. Que se dit-on lors  de cette réunion ? Que la mairie veut le château en fixant dès le départ un prix (500 000 €) ; que Jacques Guipponi réclame en contrepartie une modification du PLU pour construire un étage supplémentaire ; ce que la municipalité de l’époque fera en 2010. Jacques Guipponi confirme donc publiquement le deal que je n’avais cessé de dénoncer depuis 2010.

Ecouter l'intervention de Jacques Guipponi le 30 mai dernier :
podcast

Ce que Jacques Guipponi omet de dire, c’est qu’il s’est bien gardé de vendre le château en 2009 ou en 2010 : pourquoi ? Tout simplement parce qu’il avait acheté l’ensemble du terrain avec son château et sa grange adjacente et que propriétaire d’un lot de 2 hectares, il a pu utiliser le maximum de droits à construire que lui permettait le PLU modifié sans avoir de contraintes de distances (prospect) par rapport à la grange ou au parc de muriers. Et c’est ainsi qu’il a pu utiliser au maximum les nouveaux droits à construire que lui permettait le PLU modifié et bâtir un immeuble (le Castel des Anges) dont une des ailes  touche la grange et dans la continuité de celle ci, en vue directe sur le parc. C’est d’ailleurs la présence de cette partie d’immeuble, avec des terrasses donnant directement sur le parc des muriers qui va freiner considérablement les différents usages publics du château et de son parc (difficile d’envisager des activités festives ou autres sous les fenêtres des résidents du Castel des Anges).

chateau de grabels,groupe ggl

Le château et son environnement en 2010 (ci-dessus) et en 2015 (ci-dessous)

chateau de grabels,groupe ggl

 

chateau de grabels,groupe ggl

La grange en 2010 (ci-dessus) et en 2015 (ci-dessous)

chateau de grabels,groupe ggl

Après le récit de la genèse de cette opération immobilière favorisée par René Revol et sa majorité municipale de l’époque, Jacques Guipponi, poursuit, sur un ton pagnolesque, en affirmant que René Revol était un bon gestionnaire, contrairement aux méchantes langues qui disait le contraire dans une campagne électorale de mars 2014 où on « n’avait pas grand chose à reprocher au maire de Grabels » !!. Il précise que dès 2011, face aux demande du groupe GGL pour que la mairie rachète le château, René Revol répond qu’il n’a pas d’argent…mais qu’en 2015, il accepte d’acheter le château tout en ayant pas plus d’argent, ce qui explique le paiement en 4 fois !

 

Ecouter la suite de l'intervention de Jacques Guipponi :
podcast

La marque du bon gestionnaire ce serait donc de vouloir acheter alors que l’on a pas d’argent ?

Trêve de plaisanterie (quoique !) Non, selon Jacques Guipponi, René Revol serait un bon gestionnaire parce qu’il a acheté un château et 1 hectare de terrain pour le prix d’un appartement au Castel des Anges. Un château, certes, mais en très mauvais état, avec un parc de mûriers certes, mais en vue directe sur les terrasses de l’opération immobilière et d’autres terrains, certes, mais en zone naturelle inconstructible et en zone bleue du PPRI . Les mauvaises langues ajouteront que le Castel des Anges ayant 75 appartements en R+2 et que l’étage supplémentaire a été donné par René Revol par la modification du PLU, le « deal » 25 appartements supplémentaires contre le château et ses terres était sans doute beaucoup plus favorable au groupe GGL qu’à la commune !

Alors, dans cette opération, le maire de Grabels  a-t-il agi en bon gestionnaire  pour la commune, c’est à-dire en utilisant au mieux les deniers publics ?

En réalité, non. Pourquoi ?

Parce que René Revol qui avait des liens privilégiés avec Pierre Doumergue et sa famille, aurait dû proposer que la mairie rachète l’ensemble des biens, à un prix comparable à celui proposé par Jacques Guipponi. Qu’aurait-fait la municipalité ensuite ? Ce que font les élus avisés et bons gestionnaires : viabiliser la zone,  ce qui n’était pas difficile (il suffisait juste de se brancher aux réseaux qui venaient d’être refaits dans le cadre de la réfection de la rue du Château et financés par les impôts des grabellois) :

Ensuite, la mairie modifiait le PLU (ce qu’elle a fait à la demande de Jacques Guipponi, donc c’est possible), mettait autour de la table les promoteurs sur la base d’un schéma d’aménagement qui préservait la proximité immédiate du château (donc pas de barre d’immeuble contigüe à la grange), vendait donc les terrains viabilisés, et avec ce produit remboursait les emprunts initialement contractés pour acheter l’ensemble de la propriété et réaliser les quelques travaux de viabilisation.

La mairie aurait de surcroit, en plus du château, pu conserver la grange (qui appartient aujourd’hui encore au groupe GGL), grange  qui aurait pu être transformée par exemple en salle de spectacle que les grabellois attendent.

Au final la plus value que le groupe GGL a réalisée sur cette opération, c’est la commune de Grabels qui l’aurait perçu, sur son budget communal, lui permettant de financer des équipements publics (château, grange et d’autres)  au lieu d’augmenter le bénéfice d’un groupe privé.

Cette stratégie de maîtrise du foncier potentiellement à haute valeur constructible, je l’avais  exposée à René Revol lors de la campagne des municipales en 2008 et j’avais regretté dès 2009 qu’elle n’ait pas été mise en œuvre sur les terrains du château.

Pourquoi donc René Revol, si prompt à dénoncer les profits des grands groupes privés, n’a-t-il pas sur cette opération, alors qu’il avait toutes les cartes en main pour le faire, privilégier la maîtrise publique de cette opération d’aménagement, au plus grand bénéfice de la commune de Grabels ?

 

(1) Dans son intervention Philippe Saurel, mi-amusé, mi admiratif remercia Jacques Guipponi, en précisant qu’« avait une éloquence telle qu’il pourrait faire de la politique ». On ne saurait mieux dire

Commentaires

Il semblerait dans cette affaire que monsieur le maire soit agrégé en économie et que monsieur Guipponi lui soit praticien en économie, peut-être toute la différence est là.
L'un semble vivre dans l'utopie de bonnes solutions qui engagent le plus souvent le contribuable, l'autre dans la réalité de bonnes affaires qui n'engagent que sa personne.
La solution choisie semble avoir été contraire aux idées politiques clamées ou bien il est à désespérer de faire des études...

Écrit par : Que dire sinon ... | 13/06/2015

Petite correction Mr Revol n'était pas agrégé en économie mais en sciences sociales et historien de formation, ce qui est très différent.

Écrit par : Christophe L | 14/06/2015

Trop fort le Revol ; après l'affaire Schwertz des terrains constructibles échangés contre des jardins ; l'affaire Guipponi.
Maire d'une ville dans le désert, il serait capable de leur faire importer du sable.....

Écrit par : Robert le diable | 15/06/2015

A l'époque d'un autre avy, il y avait une saga intitulée 'les drôles d'idées de m'sieur l'maire" (installer la mairie dans la cave coopérative, couper les arbres vivants et planter des arbres morts etc, etc)

On pourrait en faire une autre aujourd'hui : "les bonnes affaires de m'sieur l'maire"

La ferme photovoltaique qui défigure l'entrée du village pourrait en être une bonne illustration aussi.

Je verrais bien une autre série aussi : "M'sieur l'maire part en justice"

Enfin tant que la population est ravie, il n'y a rien à dire.

Écrit par : christophe L | 16/06/2015

Un autre sujet de débat bientôt à Grabels et à la Mairie en particulier..
(désolé l'article dédié est fermé...)
http://www.midilibre.fr/2015/06/16/une-nouvelle-enquete-publique-pour-le-lien,1175747.php
A voir plus particulièrement le démenti de Philippe Saurel au CDRL....

Écrit par : Démosthène | 16/06/2015

sachant que Mr Salvador avait affirmé rigoureusement le contraire...
http://www.midilibre.fr/2015/05/05/a-grabels-les-riverains-du-lien-deposent-un-recours,1157710.php

Écrit par : Démosthène | 17/06/2015

Mea culpa. On comprend mieux alors la dépense ou la possible mauvaise affaire.

Écrit par : que dire sinon ... | 17/06/2015

De la route de Bel Air on voit bien la longueur du site mais pas sa "profondeur" - J'espère que l'on ne va pas nous opposer l'argument que l'installation ne permet plus le passage du LIEN - d'autant que cette section - quasiment commune à toutes les versions - n'a jamais soulevé de grosses contestations ?!

Écrit par : Démosthène | 05/07/2015

Mon fric, ma piscine, mon béton: une biographie que René Revol n'écrira pas.

L.Bertrand

Écrit par : Lolo34 | 09/08/2015

@lolo34
Tiens, même le front de gauche est désabusé par Revol : serait-ce le début de la fin ?

Écrit par : Robert le diable | 15/08/2015

Les commentaires sont fermés.